Sécheresse : une situation différente de 1976

De Régis CREPET, météorologue

La sécheresse de 1976 figure parmi les épisodes secs les plus intenses qu’ait connu la France depuis la seconde moitié du XXème siècle. Elle a frappé l’Europe du nord-ouest dès l’automne 1975, et s’est poursuivie jusqu’en août 1976. Un large tiers nord de la France a été sinistré, ruinant le secteur de l’agriculture et de l’élevage. Si la situation actuelle peut sembler similaire de prime abord, il y a cependant des différences de fond importantes.

Publié le 11/05/22, mis à jour le 11/05/22 à 17h08

Bien que les plus grandes sécheresses en France aient précédé les années 1950, notamment celles de 1921, 1929, 1945 et 1949, la sécheresse de 1976 a marqué les esprits, provoquant d’énormes pertes dans les secteurs de l’agriculture et de l’élevage, mais surtout une mortalité excessive avec 4 500 morts. selon un rapport de la Santé publique publié en avril 2019. Le gouvernement de Valéry Giscard d’Estaing a instauré une taxe exceptionnelle pour aider les agriculteurs, dite « taxe sécheresse ».

Début mai, la météo en France a un point commun, comme en 2011, dernière année remarquablement sèche au printemps. Mais l’analyse de ces deux années montre encore de réelles différences.

1976 : Sécheresse qui débute en octobre 1975

La sécheresse de 1976 a été beaucoup plus sévère que cette année, puisqu’elle a commencé en octobre 1975 au nord de la Loire. Or, en cette année 2022, le déficit est particulièrement marqué depuis février.

Cette différence est fondamentale car la saison utile pour la recharge des eaux souterraines est la période d’octobre à avril. Pendant cette période, avec une végétation inactive et une faible évaporation, l’eau de pluie et la fonte des neiges peuvent s’infiltrer dans le sol meuble pour alimenter les eaux souterraines. On parle de recharge des eaux souterraines. Si, en revanche, il y a un manque de précipitations pendant cette période, la recharge des eaux souterraines est compromise avant d’entrer dans la saison estivale. C’est pourquoi la sécheresse hivernale est plus importante que la sécheresse estivale. La pire situation est lorsque l’été chaud et sec vient après un hiver et un printemps tout aussi secs, ce qui s’est produit en 1976.

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Deux fois moins de pluie en 1976 que cette année dans le nord

L’analyse des précipitations enregistrées en octobre pour plusieurs villes de la moitié nord est sans équivoque : à Évreux (Eure), le déficit entre octobre 1975 et avril 1976 représente près de la moitié de ce qui est tombé entre octobre 2021 et ce mois d’avril 2022. A Lille ( Nord), les deux tiers de ce que nous voyons cette année ont chuté. Les régions du centre-est de la France, en revanche, connaissent cette année un déficit un peu plus sévère. C’est le cas, par exemple, de Clermont-Ferrand et de Saint-Etienne, où les précipitations sont extrêmement faibles depuis janvier. Le sud-est de la France est également nettement plus sec cette année qu’en 1976.

Similitudes pour le printemps

Comme on peut le voir, la sécheresse de 1976 était bien entamée lorsqu’elle est arrivée en mai, alors que cette année les précipitations, pour la moitié nord, n’ont vraiment commencé à apparaître qu’en février. Le printemps actuel a certes un déficit pluviométrique assez similaire à 1976, mais la recharge hydrologique a été plus fournie durant les derniers automne et hiver. Ainsi, si la sécheresse actuelle en surface est presque aussi marquée qu’en 1976, les niveaux d’eau et le niveau des rivières restent plus élevés, ce qui constitue une différence importante par rapport aux réserves d’eau. En juin 1976, par exemple, la Loire était presque à sec au niveau d’Orléans. Cette situation pourrait rendre la prochaine saison estivale moins critique. En revanche, le cas du centre-est de la France est différent, le déficit étant encore plus marqué cette année qu’en 1976.

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On voit donc que la grande sécheresse de 1976 a surtout touché un grand tiers nord de la France, alors que cette année elle s’est étendue plus au sud-est.

1976, sécheresse moins répandue mais plus sévère

Une comparaison de la localisation des centres d’activité durant les premiers mois de 1976 et 2022 montre une relative similitude dans la position des contre-cyclones, situés entre les îles britanniques et la France. Dans les deux cas, la sécheresse a été provoquée par une situation de blocus anticyclonique empêchant la circulation des pluies venant de l’Atlantique vers la moitié nord de la France, l’Angleterre et le Benelux.

En 1976, ce blocus touche principalement le tiers nord-ouest de la France. Cette année, elle est plus répandue dans notre pays ainsi que chez nos voisins européens, mais elle a duré moins longtemps. La sécheresse touche donc davantage de régions et de pays cette année, ce qui pourrait entraîner des pénuries de récoltes et des difficultés d’approvisionnement des zones en difficulté. En 1976, le foin pour le bétail a été acheminé du sud vers le nord de la France, ce qui ne sera peut-être pas possible cette année.

En conclusion, il convient de noter que la grande sécheresse de 1976 a été marquée pour les régions du tiers nord-ouest de la France, puisqu’elle a commencé à l’automne 1975 et s’est terminée en août. Les régions du centre-est et du sud-est ont été moins touchées. Cette année, le déficit est plus généralisé qu’en 1976, mais moins prononcé en raison de la baisse du niveau des nappes phréatiques. Cependant, les effets de ce déficit se font déjà sentir en surface, ce qui est problématique pour des cultures comme le blé.

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