USA : Clarence et Ginni Thomas, juges et militants unis dans l’ultra-conservatisme

AFP, publié le jeudi 22 septembre 2022 à 18h22

L’Afro-américain Clarence Thomas, juge le plus à droite de la Cour suprême des États-Unis, et sa femme Ginni, militante impliquée dans la croisade post-électorale de Donald Trump, ont de plus en plus de mal à se convaincre de l’étroitesse de leur carrière.

Mariés depuis 35 ans et unis dans leur combat contre le conservatisme, ce couple puissant est dans une position difficile depuis la divulgation de SMS et d’e-mails confirmant les efforts de Madame pour influencer le résultat de l’élection présidentielle de 2020.

Invité depuis des mois à en discuter avec une commission parlementaire d’enquête sur l’attentat du Virginia Capitol dit le Ginni, Thomas vient d’accepter de témoigner devant ces élus à une date non précisée.

« Mme Thomas tient à répondre aux questions du comité pour dissiper toute interprétation erronée de son travail dans le cadre des élections de 2020 », a déclaré son avocat Mark Paoletta dans un communiqué envoyé jeudi soir à plusieurs médias.

Le lobbyiste de 65 ans qui gravite depuis des années dans les milieux ultraconservateurs de Washington a appelé à manifester dans la capitale le 6 janvier 2021, pour contester la victoire de Joe Biden. Elle affirme avoir attrapé un rhume et être partie avant que la foule n’attaque le siège du Congrès.

A-t-elle joué un rôle plus actif dans ce coup d’Etat ? Entre novembre 2020 et janvier 2021, elle a envoyé plus de 20 messages à Mark Meadows, le chef de cabinet de Donald Trump, le suppliant de ne pas « admettre » sa défaite. « Former une armée prend du temps », lui écrivait-elle notamment dans ces communiqués.

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Dans le même temps pourtant, Donald Trump multiplie les actions en justice et demande à la Cour suprême d’intervenir en sa faveur. Clarence Thomas était le seul des neuf juges de la Cour suprême à soutenir cet appel.

L’aile gauche a critiqué le conflit d’intérêts apparent et a appelé le juge à se retirer de tous les actes électoraux.

« Comme beaucoup de couples mariés, nous partageons les mêmes idéaux (…), mais nous avons aussi nos propres carrières séparées », a déclaré Ginni Thomas à Washington Free Beacon. « Clarence ne me parle pas de son travail et je ne l’implique pas dans mon travail.

Le couple a l’habitude d’affronter les tempêtes ensemble depuis que le président républicain George H.W. Bush a choisi un avocat conservateur impeccable en 1991 à la Cour suprême.

Lors d’une audience du Sénat, retransmise en direct à la télévision, l’un de ses anciens assistants l’a accusé de harcèlement sexuel. Dans un déni complet, il a condamné le « lynchage high-tech ».

Ginni Thomas, sa deuxième épouse mariée en 1987, s’est tenue à ses côtés sans défaite et a également dénoncé le « processus du feu ».

Blessé par ce supplice et longtemps minoritaire au Temple de la Loi à cause de ses opinions radicales, Clarence Thomas s’est réfugié dans le silence, restant des années sans poser une seule question lors des interrogatoires.

Pendant les étés avec sa femme, ce passionné de camping-car aimait ne pas être reconnu dans les campings nationaux ou sur les parkings des supermarchés Walmart, où il garait son énorme véhicule.

Il a pris sa revanche depuis que Donald Trump a fait venir trois juges au Tribunal avec des vues similaires aux siennes. Longtemps déploré que la Cour suprême ne parvienne pas à défendre les armes à feu, a rédigé un jugement en juin garantissant aux Américains le droit de quitter leur domicile armés.

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Lorsque le Tribunal a dynamisé le droit à l’avortement, il est allé plus loin que ses confrères, cherchant dans un argumentaire séparé à réviser les droits à la contraception ou au mariage homosexuel.

Fortement attaché aux libertés individuelles, il est hostile aux programmes de discrimination positive, dont il s’est pourtant servi pour entrer dans la prestigieuse université de Yale. Ce sujet sera au menu de la Cour en novembre et son avis devra être pesé.

Là encore, les parallèles avec sa femme sont frappants : au début des années 1990, un avocat du ministère du Travail s’oppose à une loi qui obligerait les femmes à payer le même salaire que les hommes.

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